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A review by mizlitterature
Ex, drague et rock'n'roll ! by Maryse Dubuc
5.0
Résumons.
Jenny et Vicky sont les reines de leur école secondaire. Tous les garçons sont à leurs trousses, si bien qu’elles doivent régulièrement les envoyer promener et/ou se cacher dans les toilettes des filles pour leur échapper. Elles font semblant de trouver ça pénible, mais ça les conforte dans leur supériorité, tout comme la présence de leur amie Karine, grande moche insécure qu’elles s’amusent à faire souffrir. Si les tomes 1 à 3 prennent la forme de gags d’une page ou deux, le tome 4, Duel de belles, marque le début de l’évolution des personnages et un récit beaucoup plus élaboré (que J’ADORE suivre). Karine prend confiance en elle et intègre le groupe de son nouvel amoureux, Albin et les Albinos, avec qui elle signe un contrat de disque, Vicky tombe sous le charme de la sœur de son copain parfait, James, ce qui cause la ruine de sa famille et Jenny, qui a trop longtemps hésité entre Jean-Franky, maître-nageur aussi sublime que stupide, et Hugo, un moche sympathique qui lui plaît pour vrai, se retrouve toute seule.
Et puis arrive le tome 8
Quand j’ai lu le titre Ex, drague et rock’n’roll, j’ai cru que ce nouvel album porterait essentiellement sur Karine, qui est la chouchou de plusieurs lecteurs et le centre du trio depuis quelques temps. Karine devenue célèbre grâce à sa musique, devenue belle, attirante pour le sexe opposé par la confiance qu’elle a gagné et…devenue célibataire depuis qu’elle a perdu confiance en Albin. En fait, la première partie du titre, je l’appliquais inconsciemment à Dan, le premier, le grand amour de Karine parti vivre à New York pour l’oublier suite à sa gaffe monumentale de l’avoir laissée tomber pour cette garce de Mélanie. Je croyais qu’il reviendrait, ou, du moins, que Karine le recroiserait. Malheureusement, l’album était Dan-proof. Quand le sujet a été abordé avec Delaf et Dubuc, ils ont rigolé en nous demandant qui était #TeamDan et qui était #TeamAlbin. Devant l’immense popularité de Dan, les auteurs ont émis l’hypothèse qu’on aimait Dan parce qu’il était le garçon gentil, attentionné et romantique qu’on aimerait fréquenter nous-mêmes et qu’on jugeait ainsi qu’il était ce qu’il y avait de mieux pour Karine. Mais au niveau narratif (et je leur accorde), Dan n’aurait-il pas épuisé son potentiel? On le voit jusque dans les télé-réalités québécoises actuelles: le petit couple mignon pour qui tout va bien suscite l’ennui. Et puis, avec la transformation de Karine, qui étonne encore dans ce tome par les moyens qu’elle prend pour écarter les Underdogs, groupe rival des Albinos, de la course au prix Révélation de l’année, comment le gentil Dan pourrait-il encore l’aimer? Les auteurs ont soulevé un autre point important: pourquoi devrait-on voir Karine comme la copine de Dan ou la copine d’Albin? Pourquoi nous diviser en #TeamDan ou #TeamAlbin quand nous devrions tous et toutes être #TeamKarine? Elle s’est sortie de ses habitudes de victime, maintient ses relations amicales avec Jenny et Vicky, travaille très fort sur ce qui la passionne et brille sans (trop) s’enfler la tête. Je pense que Karine mérite de se concentrer sur celle qu’elle veut devenir, de se faire draguer sans trop s’engager, de vivre un vrai succès avec son groupe. Et surtout, elle mérite qu’on laisse ses amours tranquilles. Pour elle, c’était ça, le retour du balancier : après tant d’albums à se concentrer sur sa vie sentimentale, en voilà un où on se concentre sur elle comme personne, comme artiste.
Je vais être honnête avec vous: j’ai toujours détesté Vicky. Et je ne suis pas la seule: Delaf et Dubuc ont avoué que c’était le personnage qui était le moins demandé lors des séances de dédicaces. Étant le cerveau derrière les vacheries, c’est comme si elle n’avait pas l’insouciance de Jenny ou les buts de Karine pour compenser. Les auteurs ont avoué avoir centré le tome 7 sur elle et sa famille pour «expliquer, sans excuser» son comportement. Et je dois avouer que ses sentiments pour Mégane et le fait qu’elle soit coincée entre celle qu’elle est et celle qu’on attend qu’elle soit l’avait fait BEAUCOUP monter dans mon estime. L’ennui, c’est que suite à la montée en popularité de Karine, à l’explosion de sa famille et la perte de sa fortune, qu’elle attribue à Jenny, elle est retombée dans ses vieilles habitudes et a voulu se venger…ce qui l’a rendue plus méchante que jamais. Dans le tome 8, c’est un peu son one-woman-show. Elle détruit Jenny, se trouve une nouvelle meilleure amie, sort avec le capitaine de l’équipe de football et se vante de tout ce qui lui arrive de bien à Karine, qui ne fréquente plus leur école et ne peut plus assister à sa gloire. Mais la fin…wow. Le retour du balancier est d’autant plus violent pour elle: Jenny se reconstruit toute seule, sa nouvelle meilleure amie l’empêche d’être heureuse et ses vieux démons la rattrapent…je ne m’y attendais pas du tout! Et même si ce n’est que justice, on dirait que j’espère que les choses vont s’arranger pour elle. J’ai de la misère à me réjouir de son malheur.
Mais le plus important retour de balancier de ce tome des Nombrils, c’est Jenny qui l’a vécu. Alors qu’elle avait toujours facilement eu tous les garçons qu’elle voulait, soit John John, Fred, le président de l’école, et Jean-Franky, elle est confrontée au refus d’Hugo, ce qui la plonge pour la première fois…dans une véritable peine d’amour! J’ai adoré le fait qu’elle soit déchirée entre ce qu’elle a toujours cru («Les belles avec les beaux, les guenons avec les crapauds!» [Les Nombrils tome 3 – Les liens de l’amitié p.10]) et son amour sincère pour un garçon. Et c’est fou, mais on dirait que de la voir pleurer l’a rendue plus humaine, plus réelle. Grâce à sa beauté, à sa popularité et à son amitié avec Vicky, Jenny a toujours été un peu au-dessus de tout. Et dans ce tome, elle perd tout. Je ne veux pas vendre les punchs, donc je n’expliquerai pas ce qui s’est passé, mais à un moment, Jenny se tourne vers Murphy pour qu’il l’aide à reconquérir Hugo et…on jurerait que Murphy et elle sont frère et sœur! La soudaine laideur de Jenny permet de voir tout ce qui la distingue de Vicky: loin de chercher à se venger ou à retrouver son statut d’avant, Jenny prend conscience de qui elle était et de ce qu’elle faisait subir aux moches de son entourage. Et elle ose présenter les excuses les plus touchantes que j’ai jamais lues à Hugo devant tout le monde. Et elle pardonne à Vicky. Jenny, sans blague, je crois que c’est le personnage avec le meilleur fond de la série. Et ma nouvelle préférée. Après plusieurs tomes sur Karine et un sur Vicky, le moment était venu de centrer notre attention sur elle et ça a été fait de la meilleure façon possible.
Et maintenant?
On dirait qu’à la fin de chaque tome, un nouvel équilibre est instauré. Un équilibre qui n’avantage qu’une ou deux héroïnes sur trois. On peut changer les poids, les mesures, retourner le balancier, mais la fin reste douce-amère. Et impossible de prévoir ce qui arrivera dans le prochain album, qui paraîtra après le tome 2 des Vacheries, la série parallèle aux Nombrils. Quand j’ai demandé aux auteurs s’ils s’inspiraient des désirs formulés par les lecteurs sur les réseaux sociaux pour écrire le scénario, la réponse était mitigée. D’une certaine façon, oui, puisqu’ils lisent tous les commentaires, et non, puisqu’ils adorent jouer avec nos attentes, changer nos impressions sur les personnages et créer une histoire qui sort des sentiers battus. Et je crois que c’est pour ça que j’aime autant cette série. Elle me surprend à tous les coups. Depuis 2006.
Je veux lire le billet de blogue entier!
Jenny et Vicky sont les reines de leur école secondaire. Tous les garçons sont à leurs trousses, si bien qu’elles doivent régulièrement les envoyer promener et/ou se cacher dans les toilettes des filles pour leur échapper. Elles font semblant de trouver ça pénible, mais ça les conforte dans leur supériorité, tout comme la présence de leur amie Karine, grande moche insécure qu’elles s’amusent à faire souffrir. Si les tomes 1 à 3 prennent la forme de gags d’une page ou deux, le tome 4, Duel de belles, marque le début de l’évolution des personnages et un récit beaucoup plus élaboré (que J’ADORE suivre). Karine prend confiance en elle et intègre le groupe de son nouvel amoureux, Albin et les Albinos, avec qui elle signe un contrat de disque, Vicky tombe sous le charme de la sœur de son copain parfait, James, ce qui cause la ruine de sa famille et Jenny, qui a trop longtemps hésité entre Jean-Franky, maître-nageur aussi sublime que stupide, et Hugo, un moche sympathique qui lui plaît pour vrai, se retrouve toute seule.
Et puis arrive le tome 8
Quand j’ai lu le titre Ex, drague et rock’n’roll, j’ai cru que ce nouvel album porterait essentiellement sur Karine, qui est la chouchou de plusieurs lecteurs et le centre du trio depuis quelques temps. Karine devenue célèbre grâce à sa musique, devenue belle, attirante pour le sexe opposé par la confiance qu’elle a gagné et…devenue célibataire depuis qu’elle a perdu confiance en Albin. En fait, la première partie du titre, je l’appliquais inconsciemment à Dan, le premier, le grand amour de Karine parti vivre à New York pour l’oublier suite à sa gaffe monumentale de l’avoir laissée tomber pour cette garce de Mélanie. Je croyais qu’il reviendrait, ou, du moins, que Karine le recroiserait. Malheureusement, l’album était Dan-proof. Quand le sujet a été abordé avec Delaf et Dubuc, ils ont rigolé en nous demandant qui était #TeamDan et qui était #TeamAlbin. Devant l’immense popularité de Dan, les auteurs ont émis l’hypothèse qu’on aimait Dan parce qu’il était le garçon gentil, attentionné et romantique qu’on aimerait fréquenter nous-mêmes et qu’on jugeait ainsi qu’il était ce qu’il y avait de mieux pour Karine. Mais au niveau narratif (et je leur accorde), Dan n’aurait-il pas épuisé son potentiel? On le voit jusque dans les télé-réalités québécoises actuelles: le petit couple mignon pour qui tout va bien suscite l’ennui. Et puis, avec la transformation de Karine, qui étonne encore dans ce tome par les moyens qu’elle prend pour écarter les Underdogs, groupe rival des Albinos, de la course au prix Révélation de l’année, comment le gentil Dan pourrait-il encore l’aimer? Les auteurs ont soulevé un autre point important: pourquoi devrait-on voir Karine comme la copine de Dan ou la copine d’Albin? Pourquoi nous diviser en #TeamDan ou #TeamAlbin quand nous devrions tous et toutes être #TeamKarine? Elle s’est sortie de ses habitudes de victime, maintient ses relations amicales avec Jenny et Vicky, travaille très fort sur ce qui la passionne et brille sans (trop) s’enfler la tête. Je pense que Karine mérite de se concentrer sur celle qu’elle veut devenir, de se faire draguer sans trop s’engager, de vivre un vrai succès avec son groupe. Et surtout, elle mérite qu’on laisse ses amours tranquilles. Pour elle, c’était ça, le retour du balancier : après tant d’albums à se concentrer sur sa vie sentimentale, en voilà un où on se concentre sur elle comme personne, comme artiste.
Je vais être honnête avec vous: j’ai toujours détesté Vicky. Et je ne suis pas la seule: Delaf et Dubuc ont avoué que c’était le personnage qui était le moins demandé lors des séances de dédicaces. Étant le cerveau derrière les vacheries, c’est comme si elle n’avait pas l’insouciance de Jenny ou les buts de Karine pour compenser. Les auteurs ont avoué avoir centré le tome 7 sur elle et sa famille pour «expliquer, sans excuser» son comportement. Et je dois avouer que ses sentiments pour Mégane et le fait qu’elle soit coincée entre celle qu’elle est et celle qu’on attend qu’elle soit l’avait fait BEAUCOUP monter dans mon estime. L’ennui, c’est que suite à la montée en popularité de Karine, à l’explosion de sa famille et la perte de sa fortune, qu’elle attribue à Jenny, elle est retombée dans ses vieilles habitudes et a voulu se venger…ce qui l’a rendue plus méchante que jamais. Dans le tome 8, c’est un peu son one-woman-show. Elle détruit Jenny, se trouve une nouvelle meilleure amie, sort avec le capitaine de l’équipe de football et se vante de tout ce qui lui arrive de bien à Karine, qui ne fréquente plus leur école et ne peut plus assister à sa gloire. Mais la fin…wow. Le retour du balancier est d’autant plus violent pour elle: Jenny se reconstruit toute seule, sa nouvelle meilleure amie l’empêche d’être heureuse et ses vieux démons la rattrapent…je ne m’y attendais pas du tout! Et même si ce n’est que justice, on dirait que j’espère que les choses vont s’arranger pour elle. J’ai de la misère à me réjouir de son malheur.
Mais le plus important retour de balancier de ce tome des Nombrils, c’est Jenny qui l’a vécu. Alors qu’elle avait toujours facilement eu tous les garçons qu’elle voulait, soit John John, Fred, le président de l’école, et Jean-Franky, elle est confrontée au refus d’Hugo, ce qui la plonge pour la première fois…dans une véritable peine d’amour! J’ai adoré le fait qu’elle soit déchirée entre ce qu’elle a toujours cru («Les belles avec les beaux, les guenons avec les crapauds!» [Les Nombrils tome 3 – Les liens de l’amitié p.10]) et son amour sincère pour un garçon. Et c’est fou, mais on dirait que de la voir pleurer l’a rendue plus humaine, plus réelle. Grâce à sa beauté, à sa popularité et à son amitié avec Vicky, Jenny a toujours été un peu au-dessus de tout. Et dans ce tome, elle perd tout. Je ne veux pas vendre les punchs, donc je n’expliquerai pas ce qui s’est passé, mais à un moment, Jenny se tourne vers Murphy pour qu’il l’aide à reconquérir Hugo et…on jurerait que Murphy et elle sont frère et sœur! La soudaine laideur de Jenny permet de voir tout ce qui la distingue de Vicky: loin de chercher à se venger ou à retrouver son statut d’avant, Jenny prend conscience de qui elle était et de ce qu’elle faisait subir aux moches de son entourage. Et elle ose présenter les excuses les plus touchantes que j’ai jamais lues à Hugo devant tout le monde. Et elle pardonne à Vicky. Jenny, sans blague, je crois que c’est le personnage avec le meilleur fond de la série. Et ma nouvelle préférée. Après plusieurs tomes sur Karine et un sur Vicky, le moment était venu de centrer notre attention sur elle et ça a été fait de la meilleure façon possible.
Et maintenant?
On dirait qu’à la fin de chaque tome, un nouvel équilibre est instauré. Un équilibre qui n’avantage qu’une ou deux héroïnes sur trois. On peut changer les poids, les mesures, retourner le balancier, mais la fin reste douce-amère. Et impossible de prévoir ce qui arrivera dans le prochain album, qui paraîtra après le tome 2 des Vacheries, la série parallèle aux Nombrils. Quand j’ai demandé aux auteurs s’ils s’inspiraient des désirs formulés par les lecteurs sur les réseaux sociaux pour écrire le scénario, la réponse était mitigée. D’une certaine façon, oui, puisqu’ils lisent tous les commentaires, et non, puisqu’ils adorent jouer avec nos attentes, changer nos impressions sur les personnages et créer une histoire qui sort des sentiers battus. Et je crois que c’est pour ça que j’aime autant cette série. Elle me surprend à tous les coups. Depuis 2006.
Je veux lire le billet de blogue entier!