A review by mizlitterature
Le Jeu de la musique by Stéfanie Clermont

5.0

Je viens de finir Le jeu de la musique et je ne sais plus quoi faire de moi.

Je n'ai même pas envie d'ouvrir mon ordinateur ou mon cellulaire, de peur que la lumière bleue de l'écran ne fasse voler en éclats cette espèce de paix amorphe qui m'emplit. Je me répète mentalement encore et encore cette critique pour ne pas l'oublier, pendant que je reste assise de travers au salon, dans la quasi-obscurité, le bouquin sur les cuisses.

Je relis la quatrième de couverture pour tenter de comprendre comment j'ai été attirée par ce recueil de nouvelles en premier lieu. On dirait que durant toute ma lecture, je me disais qu'il se présentait de façon assez intéressante pour qu'on l'achète, mais que ça ne reflétait pas un millième de ce que c'était vraiment. Je me disais que ce livre se vendait très mal à son lecteur. Qu'il avait beaucoup plus à offrir, et qu'il devrait le dire. Et je relis la quatrième de couverture et, au final, c'est marrant parce qu'il dit exactement ce qu'il est, mais qu'on ne le comprend pleinement qu'après l'avoir lu.

Je n'ai toujours pas bougé. Je joue avec les pages du coin inférieur droit. Je les évente. Il est déjà tout courbé, de toute façon. Habituellement, je fais très attention à mes livres. C'est presque maniaque, ils semblent n'avoir jamais été lus. Mais celui-là, je l'ai vraiment traîné partout. Je lui ai fait partager mes repas, que je réserve habituellement aux séries télé. J'ai dormi avec lui dans mon lit. Je l'ai laissé bien en vue sur mon bureau, à côté du clavier, au travail. Je l'ai fait voyager à maintes reprises dans mon sac à dos. Je l'ai déposé sur le comptoir humide de la salle de bains. Je l'ai sorti dans le métro et, pas plus tard que ce matin, je l'ai mis dans mon manteau pour le protéger du froid. Et en remontant la fermeture éclair de ce dernier, le bouquin s'est serré contre mon cœur. And it felt right.

Je ne crois pas que je saurai exprimer en mots tout l'amour que j'ai pour ce livre. Je ne saurai pas l'expliquer, autrement qu'en disant que ça vient rejoindre à cent milles à l'heure les préoccupations des milléniaux, et leurs souffrances, et leurs façons de percevoir et de construire des relations interpersonnelles. Et que ce réalisme ne se construit pas seulement à travers la diversité et les aventures des personnages, qui se recoupent et se recroisent, mais surtout à travers la façon qu'ils ont de préparer le café, de payer au dépanneur et de remplir des formulaires d'assistance sociale. Tout est d'une telle justesse que je n'ai aucune difficulté à croire qu'ils sont nous, et que nous sommes eux.
Et tout est d'une clarté si hallucinante que je lis dans la pénombre et je vois très bien.