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A review by mizlitterature
Paul en appartement by Michel Rabagliati
5.0
J’ai longtemps rêvé à mon premier appartement. Malgré que ça ait été le cas les deux ou trois années qui ont précédé mon déménagement, alors que je regardais compulsivement les plans de condos, les palettes de couleur et le catalogue du IKEA, je n’imaginais pas tellement, de prime abord, comment cet appartement serait architecturalement, géographiquement ou monétairement parlant.
À chaque fois que je critique un bande dessinée, on dirait que j’ai envie de complimenter le visuel. Parce que c’est ce qui différencie les BD et les romans graphiques des autres œuvres, non? Mais si, à chaque fois, je dis que «les dessins sont beaux», il me semble que le commentaire perd tout son sens (en plus d’être mièvre). Alors je vais juste vous montrer ma case préférée, celle du dépanneur près de l’appartement de Paul et Lucie, et vous jugerez vous-même si la quantité phénoménale de détails, les mêmes produits répétés plusieurs fois et tous les petits angles parfaitement exécutés pour ne pas gâcher la scène méritent que je désigne cette BD comme du travail de moine. (Après tout, il y a des BD beaucoup plus minimalistes.)

Ah oui, c’est en noir et blanc. J’ai bien aimé ce détail aussi, je trouvais ça reposant. Et ça m’a fait sourire quand Paul, qui est graphiste, doit se déplacer pour le travail et critique le noir des impressions, qu’il trouve toujours trop gris. Je confirme qu’ici, le noir est très noir!
Comme on le voit aussi sur l’image, une attention particulière a été portée aux accents des personnages, ce qui ajoute au réalisme déjà proposé par les dessins. On dit «Bajao», «Touzours dans la pintoure?», «un beau bobaille», choses que je n’ai pas tellement vu en dehors du genre de la BD. Et encore.
J’ai adoré que les personnages aillent voir un film de Marguerite Duras et j’ai ri de l’obscurantisme intellectuel avec eux. Même si je n’ai pas vu ce film, j’ai lu suffisamment d’œuvres de cette auteure pour ne pas douter une seconde de la justesse de la représentation de celui-ci. Si j’ai adoré L’Amant et Hiroshima mon amour, je me souviens encore avec dédain d’Abahn Sabana David et de La pute de la côte normande, pour ne nommer que ceux-là.
Le flux de pensée de Paul, dans la chambre d’hôtel à New York, m’a vraiment surprise. J’ignore si c’est moi qui était en retard sur les nouvelles, ou Paul en appartement qui était avant-gardiste en 2004 en reprenant avec exactitude tous les discours, toutes les idées préconçues que la culture du viol insère au creux de nous, mais c’était bien rendu. «N’empêche, j’aurais pu le dissuader plus gentiment», «J’aurais peut-être pu faire un effort […] je n’aurais eu qu’à me laisser faire», «J’ai peut-être une part de responsabilité dans ce malentendu» (p.44-45): du pur génie. D’un autre côté, juste après, Lucie le convainc de prendre des photos qui évoqueraient une relation sexuelle sans consentement. Ça m’a laissée un peu perplexe.
Finalement, ce que j’ai préféré, c’était sans doute le storytelling qui passait par des références précises à Tintin, le retour dans le passé pour raconter la rencontre de Paul et Lucie qui a duré une bonne partie de la BD, la projection dans le futur pour définir entièrement le personnage de Jean-Louis et, surtout, le discours silencieux sur les enfants. À deux reprises, aux pages 79-80 et 110, Paul et Lucie évoquent l’idée d’avoir un/des enfant(s) ensemble. Et je trouvais ça fou, parce que la première fois, le silence tombe et ils évitent de se regarder, alors que la seconde, ils se fixent durant plusieurs cases, comme s’ils s’étaient fixés sur ce projet, comme s’ils avaient évolué depuis la première mention de ce sujet délicat.
Paul en appartement m’a fait réfléchir sur l’âge adulte, sur ce que ça implique de vivre «comme un vrai couple dans un vrai appartement» (p.60) et, au final, je me dis que ce n’est peut-être qu’une nouvelle cage. Mais, au moins, c’est une cage que l’on choisit et, comme sur la couverture, j’ai l’impression que la porte est toujours ouverte.
Je veux lire le billet de blogue entier!
À chaque fois que je critique un bande dessinée, on dirait que j’ai envie de complimenter le visuel. Parce que c’est ce qui différencie les BD et les romans graphiques des autres œuvres, non? Mais si, à chaque fois, je dis que «les dessins sont beaux», il me semble que le commentaire perd tout son sens (en plus d’être mièvre). Alors je vais juste vous montrer ma case préférée, celle du dépanneur près de l’appartement de Paul et Lucie, et vous jugerez vous-même si la quantité phénoménale de détails, les mêmes produits répétés plusieurs fois et tous les petits angles parfaitement exécutés pour ne pas gâcher la scène méritent que je désigne cette BD comme du travail de moine. (Après tout, il y a des BD beaucoup plus minimalistes.)

Ah oui, c’est en noir et blanc. J’ai bien aimé ce détail aussi, je trouvais ça reposant. Et ça m’a fait sourire quand Paul, qui est graphiste, doit se déplacer pour le travail et critique le noir des impressions, qu’il trouve toujours trop gris. Je confirme qu’ici, le noir est très noir!
Comme on le voit aussi sur l’image, une attention particulière a été portée aux accents des personnages, ce qui ajoute au réalisme déjà proposé par les dessins. On dit «Bajao», «Touzours dans la pintoure?», «un beau bobaille», choses que je n’ai pas tellement vu en dehors du genre de la BD. Et encore.
J’ai adoré que les personnages aillent voir un film de Marguerite Duras et j’ai ri de l’obscurantisme intellectuel avec eux. Même si je n’ai pas vu ce film, j’ai lu suffisamment d’œuvres de cette auteure pour ne pas douter une seconde de la justesse de la représentation de celui-ci. Si j’ai adoré L’Amant et Hiroshima mon amour, je me souviens encore avec dédain d’Abahn Sabana David et de La pute de la côte normande, pour ne nommer que ceux-là.
Le flux de pensée de Paul, dans la chambre d’hôtel à New York, m’a vraiment surprise. J’ignore si c’est moi qui était en retard sur les nouvelles, ou Paul en appartement qui était avant-gardiste en 2004 en reprenant avec exactitude tous les discours, toutes les idées préconçues que la culture du viol insère au creux de nous, mais c’était bien rendu. «N’empêche, j’aurais pu le dissuader plus gentiment», «J’aurais peut-être pu faire un effort […] je n’aurais eu qu’à me laisser faire», «J’ai peut-être une part de responsabilité dans ce malentendu» (p.44-45): du pur génie. D’un autre côté, juste après, Lucie le convainc de prendre des photos qui évoqueraient une relation sexuelle sans consentement. Ça m’a laissée un peu perplexe.
Finalement, ce que j’ai préféré, c’était sans doute le storytelling qui passait par des références précises à Tintin, le retour dans le passé pour raconter la rencontre de Paul et Lucie qui a duré une bonne partie de la BD, la projection dans le futur pour définir entièrement le personnage de Jean-Louis et, surtout, le discours silencieux sur les enfants. À deux reprises, aux pages 79-80 et 110, Paul et Lucie évoquent l’idée d’avoir un/des enfant(s) ensemble. Et je trouvais ça fou, parce que la première fois, le silence tombe et ils évitent de se regarder, alors que la seconde, ils se fixent durant plusieurs cases, comme s’ils s’étaient fixés sur ce projet, comme s’ils avaient évolué depuis la première mention de ce sujet délicat.
Paul en appartement m’a fait réfléchir sur l’âge adulte, sur ce que ça implique de vivre «comme un vrai couple dans un vrai appartement» (p.60) et, au final, je me dis que ce n’est peut-être qu’une nouvelle cage. Mais, au moins, c’est une cage que l’on choisit et, comme sur la couverture, j’ai l’impression que la porte est toujours ouverte.
Je veux lire le billet de blogue entier!